Les montagnes russes des experts du foot

« En foot, tout va très vite. » Cette marotte répétée à l’envi par les acteurs de la planète fade foot est devenue une porte ouverte défoncée à coup de bélier. Cela n’empêche pas certains journalistes/meneurs d’opinion de l’oublier, voire de la galvauder chaque jour. Que voulez-vous, le supporter veut du débat. Donc débat il y aura.

Dans la populaire sphère du football où règnent les joueurs tout puissants, gravitent sans discontinuer un nombre toujours croissant de journaux, de chaînes TV, d’émissions de radio qui caressent le supporter (parfois à rebrousse-poil) pour le gaver à l’infini de son sport favori.

Cela multiplie forcément les risques de raconter des bêtises, de se tromper de bonne foi, et cela décuple aussi la possibilité de trouver, en conférence de rédaction, une idée de débat saugrenue, ou au moins dénuée de bon sens du genre « Zlatan Ibrahimovic peut-il faire faire gagner la Ligue des champions au PSG ? » ou « Antoine Griezmann est-il le futur patron des Bleus ? »

Ce type de question est saugrenu car on ne peut y apporter une réponse ferme et définitive à l’instant T. Certes, vous m’objecterez que c’est là l’essence même du débat : confronter des points de vue, échanger des idées entre experts de différentes opinions. Mais, honnêtement, ressortons-nous plus informé après avoir écouté les avis de chacun ?

Attention, le pronostiqueur fou va frapper

Attention, le pronostiqueur fou va frapper

La genèse de ce genre de débats est dictée par l’absolue nécessité de remplir des pages d’écriture footballistique et des cases horaires complètes pour satisfaire la soif de ballon des supporters et attirer de nouveaux chalands curieux de savoir le résultat de la confrontation. Parfois brillant, mais souvent caricatural tant la tournure des échanges tourne parfois à la séance de prédiction, au banal concours de pronostic. Ne manquent finalement que les billets de banque volant sur la table, façon all-in.

Je vois dans ma boule de cristal…

Ce qui me dérange profondément n’est finalement pas la teneur des débats, plutôt distrayants par ailleurs, mais plutôt les vérités immédiates que l’on cherche à extraire d’une actualité, d’un fait ou d’un résultat. Prenez l’exemple du PSG cette saison. Alors que le club de la capitale se balade en tête du championnat de Ligue 1 depuis de nombreuses semaines, le voilà qui colle une tartine 4-0 à l’Olympique lyonnais, ex-grand tombé de son piédestal. La presse s’emballe. Et si c’était le tournant du championnat ? (le fameux tournant, comme il en existe une quinzaine par saison). Le PSG écrase la concurrence, c’est sûr, et plus rien ne pourra l’arrêter…

Sauf qu’Evian-Thonon-Gaillard vient à passer par-là et renverse le monstre 2-0 sur son terrain de cross country. Pendant ce temps, Monaco se rapproche. Et si ce PSG avait une faille ? L’ASM peut-elle revenir ?

L'Equipe, toujours prête à débattre

L’Equipe, toujours prête à débattre

Même scénario courant janvier 2014. Nantes vient prendre des photos au Parc des princes et repart avec le cul tout rouge (5-0). Paris est invincible, Paris est magique, Paris ne sera plus rejoint. Pas de pot pour ceux qui tiraient des plans sur la comète, le PSG enchaîne par une élimination de la Coupe de France contre Montpellier et un nul dans la boue guingampaise. Avant de repartir de plus belle vers les sommets, certes, mais deux matches sans victoire, il n’en fallait pas moins pour filer une demi-molle à nos amis débatteurs.

Point culminant de ces montagnes russes. Paris bat Leverkusen 4-0 au match aller de son huitième de finale de Ligue des champions. C’est l’emballement. Paris va-t-il gagner la Ligue des champions ? Le Milieu du PSG est-il le meilleur d’Europe ?

Ces journalistes qui montent une équipe ou un joueur au pinacle avant d’astiquer leur kalachnikov en cas de contreperformance me font vaciller. Ils me rendent fou par leurs certitudes, montrant par A+B que cette fois, ça y est, la courbe s’inverse et elle sera comme ça jusqu’à la fin de la saison (« On est en octobre ? Mais je m’en fous, moi« ). Au bout d’un moment, ces montagnes russes de l’opinion me filent mal au coeur.

Je ne cherche pas à claquer le beignet de toute la meute. Fort heureusement, des contre-exemples subsistent, comme Daniel Riolo (RMC) qui ne fait pas de « football fiction » selon ses dires ou Pierre Ménès (Canal+) qui analyse le jeu et les joueurs sur l’instant, et souvent avec justesse à mes yeux. Il en existe d’autres qui nuancent, mais ces deux-là, tout exposés qu’ils sont, font au moins l’effort de ne pas céder à l’élan du catégorisme dans lequel tout le monde les pousse.

De même, il n’est pas interdit de donner le fond de sa pensée, mais cela ne doit rester qu’un avis et ne doit en aucun cas être exposé comme une vérité. Comme je l’écrivais plus haut, dans le football tout va très vite. Et justement, c’est ce que nous devrions tous retenir (attention, poncif) : la vérité d’un jour n’est pas celle du lendemain.

Ce n’est pas parce qu’une équipe gagne 5-0 qu’elle va survoler le championnat jusqu’à la fin. Inversement, ce n’est pas parce que tu prends une rouste 0-3 que tout le monde est à jeter à la poubelle.

Parlez des circonstances de jeu, de la forme ou de la méforme de chacun, du bon ou du mauvais match de l’équipe, des tactiques mises en place par les entraîneurs, des choix d’hommes, de technique, d’enjeu… Mais arrêtez de tirer des conclusions six mois avant la fin des hostilités…

2 centres ratés, une glissade et une passe en touche, votre compte est bon mes enfants

2 centres ratés, une glissade et une passe en touche, votre compte est bon mes enfants

Cette remarque vaut aussi pour les supporters qui ne tarderont pas à brûler leurs idoles après un centre raté. Mais finalement n’est ce pas de la déception de voir un joueur que l’on a adoré, se manquer un soir où l’enjeu réclame la perfection ? (prenez votre copie, vous avez 4 heures…)

Cinq bons matches pour se trouver une nouvelle idole

Gardez toujours à l’esprit, messieurs les fins limiers, que ces joueurs ne sont pas linéaires dans leurs évolutions. Laissez grandir ces joueurs comme vous laissez grandir les hommes. Laissez-les faire des erreurs, rebondir, revenir et s’améliorer. Ne les enfoncez pas immédiatement, ne les glorifiez pas trop vite, car ce mal est la conséquence directe des montagnes russes précédemment décrites.

Devant le besoin de débat, l’actualité du foot réclame des demi-dieux et des faussaires. Si certains sont descendus en flèche pour ne réapparaître au bon souvenir de chacun que 5 ans plus tard dans un obscure club de Ligue 2, d’autres sont en revanche portés aux nues après cinq matches de beau calibre qui les aura vu marquer 2 buts et faire 2 passes décisives. « Doit-on l’appeler en Equipe de France ? »

Le mal revient, inévitable. J’ai peur qu’il faille s’y habituer…

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