Formation à la Française: ce qu’il absolument changer

Longtemps mise en avant lorsque les Bleus gagnaient et que nos clubs se montraient dignes en Coupe d’Europe, la formation à la Française a du plomb dans l’aile. Ses manques et ses défauts sont pointés du doigt, à raison. Et si nous explorions de nouvelles pistes ? Attention, cet article peut contenir des traces de populisme.

L’épisode Knysna en Afrique du Sud en 2010 a tristement mis en avant le déclin footballistique mais aussi mental de notre jeu de ballon le plus populaire. Par « mental », j’entends « mentalité » et « état d’esprit ».

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Du haut de mon modeste poste d’observateur, je fais comme tout le monde: je penche la tête et je regarde les Espagnols qui gagnent, envieux de voir leurs supporters se délecter du plaisir que donnent et prennent les joueurs sur le terrain. Je regarde aussi le fabuleux travail des équipes qui ne gagnent pas à la fin mais qui est tout aussi délectable par leur panache (Allemagne, Italie, Pays-Bas, Croatie, Belgique, ). Mais finalement, qu’est ce qui nous sépare d’eux ? Pourquoi n’arrivons-nous pas à faire ce qu’ils font? Le pouvons-nous actuellement? Et y parviendrons-nous seulement un jour?

Entre raisons et solutions, qu’est ce qui nous a mené ici ? Comment peut-on y remédier ?

  • Le foot n’est plus une passion, c’est un travail, un moyen de gagner beaucoup d’argent et de « s’en sortir »
  • Sans trop caricaturer, je pense pouvoir affirmer que l’archétype du joueur de Ligue 1 a complètement changé depuis quelques années. La plupart des professionnels des décennies 80/90 (l’âge d’or du football français) gambadaient sur le terrain par passion, par amour de leur sport (et aussi d’un maillot particulier parfois). Les joueurs des années 2000/2010 (génération tv et Bosman) viennent bien souvent de milieux défavorisés, où leur éventuel talent dans un domaine aussi riche que le football pro peut représenter une opportunité incroyable pour sortir la famille de la galère. Bien souvent, ces pros ne regardent pas les matches quand ils passent à la télévision ou ne connaissent pas l’histoire de leur sport.

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    Je ne dis pas qu’il faut exclure ces personnes du foot mais peut-être les aider à mieux contrôler un entourage pressant, encourageant à courir le cachet et la prime de signature, plutôt qu’à profiter de la chance qu’ils ont de faire ce métier. Ajouter des cours d’histoire du foot ne ferait surement pas de mal à certains, pour se souvenir que gagner sa vie en jouant au foot est une chance et qu’ils portent sur les épaules le maillot de glorieux ainés.

  • Le foot français, c’est la looze
  • Le foot français pâtit d’une position bâtarde sur l’échiquier européen. Trop faible pour être parmi les grands, il s’inclut sans cesse dans les « 5 grands championnats » alors que les 4 autres le regardent de haut depuis plusieurs années. Et cela se ressent dans le comportement des joueurs de Ligue 1.

    Quand une proposition vient de l’étranger, difficile de faire entendre raison a un joueur qui préfèrera jouer à Wigan plutôt qu’à l’OM. Il faut dire que le contrat y est plus juteux et que cela permet -pourquoi pas- de se montrer aux recruteur de Manchester ou Chelsea. Il faut dire que la télévision (et Canal+ pour ne pas les nommer) abreuve nos écrans d’images venues de l’étranger, ce qui ne manque pas de faire briller les yeux de nos éléments de Ligue 1 prometteurs.

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    Pour pallier le déficit d’image de notre championnat, on le dévalorise, comme lorsqu’un entraineur dit au joueur qu’il convoite que c’est un tremplin avant d’aller plus haut. Et si on donnait un peu de valeur à ce que nous sommes et ce que nous faisons ? Et si nous leur donnions envie de rester ?

    Dès lors, la spirale est lancée: pour éviter la fuite des « cerveaux », les clubs français rentrent dans le jeu de la surenchère, et surpayent des joueurs qui n’ont fait qu’une seule bonne saison mais qui menacent de partir vers le plus offrant. Il faudrait tout simplement arrêter de rentrer dans ce jeu, les laisser partir s’enterrer ailleurs, prendre l’argent du transfert et le réinvestir proprement dans des joueurs motivés, qui s’inscriront dans le projet du club. A la rigueur, les divas, pourquoi pas, mais prouvez que vous le méritez.

  • Le physique avant la technique
  • Le point faible de notre formation indéniablement, qui souligne que le football est un sport, mais qui a oublié que c’était aussi un jeu. Depuis la mutation du foot en phénomène de société et le besoin d’être à la pointe dans un milieu où l’argent arrivait et où les structures manquaient (approximativement, dans les années 80). Nous avons formé des masses musculaires capables de tenir 90 minutes sans s’arrêter de courir, plutôt que des individus qui manient bien le ballon et comprennent le jeu.

    Finalement, avec le recul et pour schématiser, on s’aperçoit que la France a inventé les centres de formation, et qu’Italiens, Espagnols et Allemands les ont rendu efficaces. Il est temps de nous adapter à notre époque et copier un peu ce que font les autres (maudit orgueil français). Refaisons du football un jeu. Apprenons à nos joueurs à comprendre le jeu.

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  • Signer un contrat pro n’est pas une finalité, c’est juste le début
  • Trop content de réaliser son rêve en apposant sa signature en bas de son premier contrat pro, que le Président a tôt fait de proposer avant que l’agent bienveillant aille en chercher un autre ailleurs, le jeune footballeur se réjouit d’avoir atteint son but. A lui les matches de Ligue 1, les interviews dans France Football, les reportages dans Téléfoot, la gloire, l’argent.

    Jeune homme, ta vie professionnelle ne fait que commencer ! Si tu es là, c’est que (normalement) tu as montré que tu le méritais. Faire partie du groupe pro et se la jouer en attendant qu’une place se libère, c’est trop facile. A toi de tout donner, de progresser, de te battre pour chambouler la hiérarchie, prendre la place d’un autre. Si tu es bon, ton tour viendra, avant même que tu ne te plaignes de ton temps de jeu trop famélique. C’est une question de temps. Après tout ce qu’il t’a fallu pour arriver là où tu es, ce serait dommage de craquer maintenant. Il reste encore tellement d’étapes avant de devenir quelqu’un : jouer un match en équipe première, devenir titulaire en équipe première, devenir capitaine, être sélectionné en Equipe de France, etc.

  • Culture de l’effort, où es-tu ?
  • Ce n’est une secret pour personne, et surtout pas pour les (rares) prestigieux étrangers qui passent dans notre championnat, le football français ne se dépasse pas. L’entraînement ronronne, quand il ne se cantonne pas au strict minimum. Les joueurs français seraient peu investis.

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    Pourtant, il me semble que le dépassement de soi est une donnée primordiale du sport de haut niveau. Il est le carburant essentiel de la victoire, l’envie de s’améliorer et d’être le meilleur. Désolé Monsieur le Baron, mais seule la victoire est belle, seul le succès rend immortel.

  • L’école, c’est important, même pour les footballeurs
  • Qui ne s’est jamais marré devant une interview de footballeur. Certes, ils sont pris à la sortie de l’effort et n’ont pas les neurones bien connectés, mais tout de même, basketteurs, handballeurs ou nageurs respectent à la fois leur sport, en livrant de vraies analyses tactiques, et la langue française.

    Personnellement, je n’en peux plus des phrases toutes faites du style « l‘important, c’est les 3 points » ou « on prend match après match« . On vante les mérites des cours de communication dans les clubs de foot, mais ils ne font pas les hommes, ils forment des robots complètement formatés pour l’interview. Sauf exceptions rafraichissantes (Mavuba, Jallet, Beria, Perinelle, etc), les entretiens avec des footeux accouchent rarement d’une vraie info intéressante et pertinente. Et si on revenait aux bases ? Soyez naturels, les enfants. Soyez attachants.

  • Se souvenir de ce que nous sommes
  • A l’heure où les JO de Sotchi tirent leur révérence, le téléspectateur français est saisi d’un terrible contraste entre des athlètes médaillés aux moyens modestes et d’obscurs joueurs de Ligue 2 surpayés qui se prennent pour des vedettes et qui crient à l’injustice quand on les critique après un mauvais match.

    Messieurs, un peu d’humilité et de mise en perspective s’il vous plaît. N’oubliez jamais comme c’est une joie de jouer pour vivre et comme vous devriez vous sentir honorés de cela. N’oubliez jamais que votre apport à la société est minime comparé à un pompier ou un médecin. N’oubliez pas non plus comme certains n’ont pas votre confort de travail (notamment dans le sport de haut niveau).

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  • Respect du public et des supporters
  • Cela peut paraitre un peu bête dit comme ça, mais ce qui vous fait vivre si grassement Messieurs les footballeurs, ce n’est rien d’autre que le public. Si le football n’était pas si populaire, vous ne seriez pas autant dans la lumière. Pensez a ces skieurs, ces handballeurs, ces judokas pétris de talents, véritables légendes de leur sport, qui ne sont dans la lumière qu’épisodiquement, moins connus qu’un Paul-Georges Ntep qui n’a encore tout à prouver (hors tribunaux of course).

    Au-delà du « merci » permanent que vous devriez adresser à vos fans et de la disponibilité que vous leur devez, eux qui vous suivent partout en Europe, qu’il neige ou qu’il vente, vous devriez surtout les remercier de vous nourrir quotidiennement. Sans eux, pas de droits télé, pas de vente de maillots, pas de pub, personne dans les stades, bref, pas de fric et un foot complètement différent de celui que nous connaissons. Ne l’oubliez jamais quand vous démarrez votre carrière.

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    N’oubliez pas non plus que ce sont bien souvent des gens aux revenus modestes qui dépensent une grande partie de leur pécule et de leur temps pour vous suivre, vous encourager, vous approcher. Le Président vert Roger Rocher avait pour habitude d’emmener ses nouveaux joueurs visiter les mines pour voir le quotidien des leurs supporters, leur faire prendre conscience de la réalité en-dehors du foot. L’idée ne me paraît pas aberrante aujourd’hui.

A l’heure de tirer une conclusion à cet article, je suis partagé. J’ai l’impression de me rouler dans la fange du traditionnel supporter qui crie au « tous pourris, tous trop payés » (ce que je me refuse à faire). D’un autre côté, je suis fatigué d’entendre ces discours de footballeurs qui se regardent le nombril alors qu’ils viennent de perdre sans panache.

Loin de moi l’idée de dire que dans les autres sports, c’est mieux, ou qu’avant, c’était forcément plus glorieux, mais je suis usé de voir nos clubs se faire ridiculiser en Coupe d’Europe ou dans leur façon de gérer leurs joueurs. J’en ai marre de voir mon sport trainé dans la boue par quelques individus qui font la Une par leurs frasques de jeunesse alors que de nombre de leurs collègues mériteraient une plus grande place dans les médias pour leur discours rafraichissant et non formatés.

Mais finalement, messieurs les footballeurs, je ne vous demande qu’une seule chose : quand vous gagnez et quand vous perdez, montrez-vous digne de ce que vous représentez. Si vous perdez les armes à la main, personne ne vous aimera moins. A bon entendeur…

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