Les arbitres français sont-ils nuls ?

Une fois de plus, les arbitres français en prennent plein la tronche. Une mauvaise décision, un mauvais timing et les attaques se font violentes. Et comme souvent, le moindre raté se transforme en tollé. Mais nos arbitres sont-ils vraiment aussi nuls qu’on le dit ?

Pas une semaine ne passe sans qu’un arbitre, de préférence français, en prenne pour son grade. Quand c’est fait proprement, le directeur du jeu se fait gentiment signifier son erreur par trois consultants taquins qui rivalisent de mots hauts en couleur pour souligner son incompétence. Dans le pire des cas, cela se termine par une vendetta organisée dans tous les magazines spécialisés du mois et une diarrhée verbale sur les réseaux sociaux. « A l’échafaud !!! »

arbitre-nul

Et bien entendu, sans traîner, le débat sur la vidéo repointe le bout de son nez dès que possible…
Essayons de poser le problème calmement.

La théorie du complot

Il est bien évident que chaque équipe pense qu’elle est arbitrée différemment et que les autres bénéficient de plus de clémence. Première réflexion sur ce thème : la personne qui dit ça ne regarde évidemment pas tous les matches des autres et n’a aucune objectivité. Lui a vécu de près cette touche qu’on a donné à l’adversaire plutôt qu’à lui, il a été choqué que le tacle du défenseur d’en face ne soit sanctionné que d’un carton jaune. Une honte ! Cette somme de petits détails est vécu sur tous les terrains de France chaque semaine. Mais toi, tu es trop occupé à te lamenter sur TES injustices pour aller te coltiner celles des autres en regardant tous les autres matches. Donc, tu ne peux pas, objectivement, savoir si à la longue, tu es effectivement traité plus durement que les autres.

Deuxième réflexion : La théorie du complot fait partie du faible éventail de choix tactiques mis en place par nos entraîneurs bleu-blanc-rouge. Si leurs joueurs n’ont pas la technique pour s’en sortir par le jeu, ils auront à n’en point douter l’esprit de revanche et de vengeance qui vit au fond de chaque homme sur terre. L’ego blessé trouve parfois de la force dans des ressources cachées. Plutôt que de s’entraîner à provoquer le destin par le jeu, l’entraîneur va plutôt exciter ses joueurs comme des bêtes sauvages.

arbitre-contestation

De nos jours, le complot a bon dos puisqu’il est un fourre-tout idéal dans lequel on glisse tout évènement que l’on ne comprend pas à 100%. Il sert même à trouver une autre explication possible à une version officielle, en plus subversif, moins avouable et donc forcément plus alléchant (11 septembre, mort de Kennedy, centre réussi de Patrice Evra, etc).
Le football n’échappe pas à la règle. Il doit bien y avoir un sens à ces coups de sifflets qui sont contre nous sans que l’on sache pourquoi. Si on ne sait pas, c’est qu’on nous cache quelque chose. Si on nous cache quelque chose, c’est que l’on dérange et donc que l’on ne veut pas nous voir gagner. CQFD. Fin de l’enquête.

Mais au final, pourquoi les instances en voudraient-elles à un club en particulier ? Qu’un petit finisse la saison dans le trio de tête ou qu’un gros se loupe et termine 15ème, quel pourrait être l’intérêt de la LFP à tenter d’influer sur le classement final ? La réponse la plus courante est : « Cela emmerde pas mal de monde qu’on soit là » sans jamais citer un délateur pour étayer son propos. Encore une fois, fin de l’enquête, sans preuve ni mobile.

L’arbitre cyborg

Savez-vous que le révélateur de hors-jeu n’est absolument pas fiable ? Savez-vous qu’à la distance où se trouve la caméra du joueur, on ne peut pas définir le moment précis où le ballon quitte le pied du passeur ? Savez-vous que ce moment où le ballon quitte le pied peut parfois durer 1/2 seconde (perception à vitesse réelle) avec le mouvement d’accompagnement du pied ?

revelateur

Vous pensez qu’1/2 seconde, ce n’est rien ? Pourtant, c’est énorme ! Démonstration.
La plupart des attaquants sont de beaux athlètes qui courent le 100m en 15 à 20s (en moyenne). Disons 17s pour travailler avec un chiffre exact…
Imaginons que, comme c’est souvent le cas, l’attaquant qui va recevoir la passe est lancé dans un sprint pour prendre de vitesse la défense adverse. Dans cette 1/2 seconde, lancé à pleine vitesse, il a le temps de parcourir une distance de 3 mètres ! (si, si, c’est du simple calcul) Belle mise en perspective, n’est-ce pas ?
Si l’on résume bien, l’arbitre assistant doit à la fois évaluer parfaitement le moment où le ballon quitte le pied et de l’autre, juger où se trouve l’attaquant sur cette distance de 3 mètres.
La précision est tout simplement impossible.

Et maintenant, rapportons ça à l’échelle humaine. Savez-vous que seul un fort strabisme divergeant permet d’observer ces deux points (passeur et attaquant) en même temps ? C’est humainement impossible de juger un hors-jeu parfaitement.

Et l’ordinateur qui analysera simultanément l’instant exact où le ballon quitte le pied du passeur et la position de l’attaquant n’existe pas encore. Donc, messieurs qui gravitez autour du football, du staff au spectateur, acceptez que le hors-jeu soit une approximation, un paramètre non exact. Sanctionner les campeurs, oui. Pourrir l’arbitre parce que l’attaquant a un demi-pied hors-jeu, non.

La vidéo impossible

Si nous ne parlions que du hors-jeu, le débat serait clos rapidement, mais il existe de nombreux cas de figure pour lesquelles la vidéo n’est pas la solution idéale aux yeux de ceux qui la glorifient. La seule question qui vaille est la suivante : Quand doit-on interrompre le jeu pour consulter la vidéo ?

Analyser le hors-jeu est absolument impossible, comme nous venons de le voir précédemment. Je reconnais toutefois que la vidéo sera sans doute un peu plus précise que l’oeil humain, mais cela sera très loin d’être infaillible.

Analyser les fautes des acteurs relève du sacerdoce. Il en va de même pour les mains qui alimentent de nouveau le débat en ce moment (volontaire, pas volontaire, mon cul sur la commode, etc). Passons sur les fautes qualifiées d’indiscutables et parlons directement des fautes « limites » qui finalement font le cœur du débat. Montrez la vidéo de ce contact viril à 10 arbitres, vous aurez toujours plusieurs interprétations de leur part. S’il faut interrompre le jeu à chaque faute pas franche (d’ailleurs, à partir de quand une faute n’est-elle pas franche ?) et déclencher un débat sur le bord de la touche entre partisans du « y’a faute » et partisans du « y’a pas faute », amis spectateurs, prévoyez des thermos de café, le match va durer longtemps car le débat risque de durer longtemps.

Sans compter que sur ces phases de jeu à la limite de la régularité, il faudra bien trancher à un moment. Quelle sera la réaction des bancs de touche qui voyaient faute à la vidéo si on ne leur accorde finalement pas ? Scandale absolu ! « La faut est évidente à la vidéo selon moi, mais l’arbitre ne la siffle pas malgré tout ? On nous en veut, c’est un complot, bla bla bla » Tiens, ça me rappelle vaguement quelque chose… Retour à la case débat.

faute-ou-pas-faute

Seule un cas de figure semble possible pour l’application d’une technologie aidante : le franchissement des lignes par le ballon. Et, encore une fois, cela ne sera pas grâce à la vidéo, car même le fameux hawk eye sera impuissant devant les trois ou quatre cas annuels de ballons sur la ligne qui sont couverts par le corps du gardien en guise de sauvetage in extremis (ou pas).
La technologie existe. Il s’agit d’une puce à l’intérieur du ballon qui réagirait dès qu’elle entre dans un espace donné (la cage en l’occurrence), soit par vibration ou par bip auprès d’un arbitre, soit par le déclenchement d’une lumière (façon panneau de basket au moment du buzzer).

Environnement hostile

Les écoles de management modernes apprennent aux dirigeants de demain que les employés travaillent mieux dans une ambiance sereine, avec des objectifs clairs mais sans pression permanente. On peut aisément imaginer que cela s’applique à tous les acteurs de la société. Sans la peur de se faire rabrouer à chaque instant, on est plus détendu à la tâche et l’on réduit les risques d’erreur.

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A votre avis, comment vivent nos arbitres quand, à chaque décision, ils voient un banc de touche entier sauter comme un seul homme, en levant les bras et en faisant des grands gestes pour une décision qui parfois est même totalement justifiée ? Comment apprécient-ils les joueurs qui les envoient se faire foutre (si, si, les gestes sont sans équivoques) quand ils sifflent une faute, justifiée ou non ? Car oui, même quand la décision est la bonne, l’arbitre a toujours tort (ou presque) au yeux de celui qui est sanctionné.

  • « Mais je jouais le ballon ! » : Votre adversaire a la cheville pétée, ce que vous dites atténue sans doute sa douleur…
  • « Mais c’est la première faute ! » : Et alors, on ne joue pas avec un permis à points…
  • « Mais c’est le deuxième pénalty contre nous ! » : Visiblement, le premier ne vous a pas calmé…

Tout est bon pour embrouiller l’homme en noir.
Je prône un environnement plus calme, une acceptation de l’erreur de l’arbitre (même si cela fait mal au c… sur le moment), comme on encaisse la mauvaise passe d’un joueur ou la faute de main d’un gardien. Cela ne débouchera pas sur un match sans erreurs, mais je suis persuadé qu’une atmosphère plus saine aidera à en voir beaucoup moins.

Pas de français en Coupe du Monde

L’argument est facile à l’emploi, près à consommer et j’avoue l’avoir sorti parfois dans mes conversations à base de populisme et de ballon. C’est inévitable, l’argument est costaud : les arbitres français ont du mal à envoyer des représentants dans les grandes compétitions européennes et mondiales. Comble du raffinement, Stéphane Lannoy s’est bien fait chahuter après sa triste prestation lors de Barcelone-Manchester City.

Le dernier arbitre bleu-blanc-rouge en finale de Coupe d’Europe remonte à 2001 (Gilles Veissière en Coupe de l’UEFA). Pour la Ligue des Champions, où les clubs français ne brillent pas particulièrement ces dernières années et ne provoquent donc pas de conflit d’intérêt, il faut remonter à 1987 et la finale arbitrée par Michel Vautrot. Une éternité.

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Il est important de rappeler toutefois qu’un arbitre français, au moins, est presque toujours présent en phase finale de l’Euro (Lannoy titulaire en 2012, remplaçant en 2008, Veissière en 2000 et 2004, etc).
En 2014, la Coupe du Monde n’accueillera pas d’arbitre français, certes. Mais c’est une première depuis 1974 !
Seuls 9 arbitres européens sont retenus pour cet évènement. Ce n’est donc pas si infamant de lire qu’aucun Français ne se joindra à la fête car il ne fait pas partie des 9 meilleurs du continent.

Conclusion

Les luttes internes entre arbitres de L1 n’ont sans doute pas allégé le poids sur leurs épaules, mais les arbitres de Ligue 1 ne sont pas aussi mauvais qu’ils n’y paraissent. Ne croyez pas les apôtres de la vérité absolue (à la télé, à a radio, dans les journaux, ils sont nombreux à penser qu’un arbitre ne peut pas se permettre d’erreur) et ne mésestimez pas la pression de l’environnement qui gravite autour d’eux.

Vous pensez que c’est mieux à l’étranger ? Même les vedettes, comme l’Anglais Howard Webb, commettent aussi parfois des erreurs, personne n’est irréprochable. Le mal des arbitres vient surtout du fait qu’ils sont, comme l’ensemble des acteurs du foot, surexposés et que le rôle de héros ne leur est absolument jamais dévolu. Les héros, ce sont les joueurs et les entraîneurs. Si l’arbitre pouvait être le héros, on parlerait moins des moments où il est zéro. Questions d’équilibre…

Mais surtout, la multiplication des caméras, des analyses, des magazines papiers, radio et TV affichent en grand la moindre boulette ou erreur de jugement, la répètent à l’envi, comme c’était moins le cas à l’époque de leurs aînés. On a tôt fait de donner aux supporters l’occasion de se souvenir de cet arbitre qui, un jour, a oublié un penalty pour leur équipe. Et forcément, si cette fois, il siffle encore contre nous, c’est qu’il y a anguille sous roche…

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